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« Happy 2018 ! »

En guise d’introduction et de première mise en contexte, j’invite celles et ceux qui n’auraient pas lu mon article baptisé avec causticité : « Le syndrome High School Musical », publié en avril dernier, à partir y faire un tour, puis de le saupoudrer d’un zeste complémentaire : en effet, c’est après avoir visionné l’hilarante critique d’Alert Spoiler sur les comédies musicales les plus célèbres de l’industrie de l’utopie – que je recommande d’ailleurs volontiers -, que j’ai à mon tour, voulu me prêter à ce jeu consistant à revisiter l’ère où le corps est protéiforme et où l’acné abonde.

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Le mastodonte High School Musical a heurté les cerveaux adolescents à l’heure où Disney faisait les frais d’une réputation péjorative d’usine à rêves outrancièrement niaise et enfantine ; après l’engouement hystérique, considérablement épaulé par une avalanche de produits dérivés à l’effigie des princesses de la firme, lui-même engendré par son dernier âge d’or en date à l’effet d’un tsunami, ayant ponctué la décennie 90 : l’aube des années 2000 a été une perche tendue à Disney pour presser le citron de ce succès colossal jusqu’à sa dernière goutte, néanmoins, l’empirique compagnie aux grandes oreilles a fini par subir son revers de médaille, suscitant chez le public une véritable overdose de cet édifice cucul la praline au point que celle-ci parte en quête d’une nouvelle poule aux œufs d’or. Pour ce faire, l’hydre Disney a misé sur une tête restée dans l’ombre de ses classiques d’animation : sa chaîne câblée, d’autant plus que la décennie 2000 a également sonné l’alarme d’un déclin croissant sur son paysage de prédilection, enchaînant les longs-métrages en demi-teinte : du regretté La ferme se rebelle annoncé comme l’ultime « classique d’animation » du studio en 2D - avant son retour inespéré avec La Princesse et la Grenouille -, à Chicken Little en passant par le décrié The Wild, souvent condamnée comme pâle copie du Madagascar de DreamWorks Animation. Si Disney a trouvé plus tardivement la formule magique entre tradition et modernité, grâce à des cyclones au box-office à l’instar de Raiponce ou l’assommant carton de La Reine des neiges, l’entreprise la plus puissante d’Hollywood a tout de même assuré ses arrières - peut-être dans sa grande cupidité, souvent pointée du doigt - en offrant à sa chaîne de télévision la plus populaire, son âge d’or.

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Cependant, avant son apogée dans les années 2000, Disney Channel était d’ores et déjà une usine à midinettes grimées en poupées Barbie chantantes, faisant office de véritable tremplin, s’avérant par la suite judicieux pour certains de ses pantins : comme les couronnées des ados, Selena Gomez et Demi Lovato – dont les carrières musicales ont d’ailleurs été lancées par Mickey lui-même, comme toute lolita Disney qui se respecte - ; une école à vedettes nullement à l’abri d’échecs, dont la canaille Lohan campe un triste archétype, autrefois promise à une carrière florissante, remarquée comme l’une des actrices les plus prometteuses de sa génération, avant une dégringolade dont Britney Spears, ancienne membre du Mickey Mouse Club s’est finalement tirée d’affaire.

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Tyra Banks et Lindsay Lohan dans Grandeur Nature, en 2000.

À coups de phénomènes de société tel que sa série Hannah Montana qui se verra notamment portée dans les salles obscures dans le simplement baptisé, Hannah Montana, le film, sorti en 2009, Disney Channel a permis de substituer ses lolitas aux princesses et autres héros animés du titan aux grandes oreilles ; suscitant un succès tel, que dans les années 2000, fut un temps où ce n’était plus Cendrillon et ses consœurs qu’arboraient les bambines sur leurs cartables, mais bien une Miley Cyrus pré-Wrecking Ball aux airs de l’accalmie signée Younger Now, par exemple.

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Miley Cyrus sur l'une des affiches promotionnelles de la quatrième et dernière saison d'Hannah Montana intitulée Hannah Montana Forever, en 2010.

À l’instar d’Hannah Montana, High School Musical aura également droit à sa conquête du grand écran, mais avant cet ultime volet, revenons à l’originel : diffusé en 2006, High School Musical – premier du nom – n’est, contrairement à son postulat voulant écarter la niaiserie d’une société principalement connue pour ses dessins animés, pas exempt des bons sentiments mielleux du Disney habituel, bien qu’il s’agisse ici d’un film « live ». Là où un Mean Girls en 2004, par exemple, s’imposait comme subversivement caricatural, orchestré par la veine jubilatoire du mythique Saturday Night Live et ridiculisant les stéréotypes d’une néo-peinture du teen movie, notamment instrumentalisée par le succès de Clueless en 1995 : High School Musical a la forme d’un long-métrage dans le ton du film culte d’Alicia Silverstone, dans la mesure où à son instar, il plante son décor en optant pour l’indéboulonnable nomenclature du lycée où l’on suit sans la moindre surprise la trame évolutive de ses élèves, qui, sans la moindre surprise campent nos protagonistes.

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Clueless (1995)

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Mean Girls (2004)

Néanmoins, le coup de génie de Disney Channel a été de se sauver de la noyade en usant de la comédie musicale comme bouée, plongeant toutefois dans un agglomérat de stéréotypes aussi bien présents dans la peinture des personnages que dans celle d’une intrigue qui n’est autre qu’une reviviscence éhontée du canonisé de la comédie musicale, Grease – deux tourtereaux se rencontrent en vacances pour se retrouver sur les bancs du lycée, puis pour transgresser le carcan des groupes dans lesquels ils se sont enfermés : ainsi le basket-ball et le club d’Einstein en herbe sont à High School Musical, ce que les T-Birds et les Pink Ladies sont à Grease.

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Sans prétendre à remplacer l‘héritage d’un Gene Kelly, Disney Channel fait pourtant appel à Kenny Ortega – notamment chorégraphe d’un Michael Jackson sur This Is It - pour prendre les rênes de ce qui deviendra une trilogie, ainsi, sur le plan musical et chorégraphique, la saga, sans égaler un West Side Story bien sûr, convainc et n’a guère à rougir. Puisque ce sont justement ses numéros musicaux qui font sa force - et qui au fur et à mesure des volets feront de l’ombre à un travail scénaristique progressivement délaissé pour tout miser sur l’aspect musical -, tant la trilogie est bercée de mélodies pop entêtantes et accrocheuses, ponctuées de chorégraphies endiablées et parfois suffisamment simples à exécuter pour inviter ses spectateurs à tenter de les reproduire tout en entonnant de nombreuses chansons devenues cultes : de Start Of Something New à We’re All In This Together en passant par Stick to the Status Quo ou What I've Been Looking For.

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Outre la chansonnette poussée qui enthousiaste à chaque apparition, le téléfilm souffre hélas de quelques longueurs avant un redécollage dans sa dernière demi-heure qui s’avère être le tiers le plus prenant du long-métrage. Remplissant le quota habituel et décrié des représentations de minorités, illustrant par exemple les communautés hispaniques et latino-américaines, afro-américaines, et peut-être homosexuelles si l’on croit le tableau du personnage de Ryan Evans (Lucas Grabeel) dont la sexualité a toujours fait débat. Bien qu’il apparaisse brièvement au bras de Kelsi dans le troisième volet de la saga pendant la séquence A Night To Remember, l’absence de réel « love interest » du personnage ou ses tenues caricaturales ravivent une peinture de l’homosexualité de l’école La Cage aux folles ayant considérablement influencé la représentation de cette communauté dans le paysage audiovisuel, à commencer par le petit écran, dans des séries comme Ugly Betty ou Sex and the City – pour ne citer qu’elles.

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Quant aux autres personnages, ils tombent, eux aussi dans la caricature, Zac Efron (Troy Bolton) campe l’éternel éphèbe basketteur au grand cœur, aux allures de 2 Be 3 et à la mèche de Justin « Baby » Bieber avant l’heure, là où Vanessa Hudgens (Gabriella Montez) – moins insupportable que dans mes souvenirs - interprète l’autre part du diptyque, au féminin : en douce nunuche matheuse, elle a même droit à son solo digne d’une princesse Disney sur When There Was Me And You, ponctué d’improbables « strike a pose » ; Corbin Bleu (Chad Danforth) et Monique Coleman (Taylor McKessie) livrent eux aussi d’inconscientes parodies avec d’un côté : le basketteur aux idées rétrogrades qui s’assouplie l’esprit pendant les dernières minutes du téléfilm et de l’autre, une matheuse convaincue que les sportifs en sont restés aux premiers stades de l’évolution humaine.

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Dans cette fresque d’archétypes usés, on se surprend tout de même à s’attendrir devant les amoureux vedettes et également des personnages secondaires comme Kelsi (Olesya Rulin), la musicienne passionnée et surtout, devant ceux assumant la caricature qu’ils campent, à l’image de Miss Darbus, « professeure Castafiore » et surtout : Sharpay Evans, jouée par une Ashley Tisdale poussant à son paroxysme et de façon jouissive l’archétype de la peste auquel renvoie son personnage. Notons d’ailleurs que la saga doit beaucoup à celui-ci, bien qu’au sein de cet opus, sa participation musicale ne soit pas la plus marquante sans être mauvaise, les scènes jouées des plus hilarantes sont justement les siennes. C’est grâce à ce condensé d’une Britney Spears du pauvre croisée avec Paris Hilton, le tout à faire pâlir Barbie elle-même – comme si Disney donnait vie à une seconde poupée, après Grandeur Nature avec Tyra Banks – à la drôlerie décapante qu’High School Musical connaît des éveils de rythme, à la rescousse de ses longueurs occasionnés.

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Véritable figure de proue de mon adolescence, pas très loin derrière Britney Spears, High School Musical a ponctué mes années collège et le visionner de nouveau m’a catapulté vers cette ère caractéristique de « l’entre-deux » au point de me surprendre à des frissons au moment de Breaking Free, me rappelant une fois de plus le fan absolu que j’ai été de ce phénomène digne d’un cyclone : cumulant les DVD des films – qui ont d’ailleurs bien vécu, celui du premier volet a d’ailleurs planté pendant mon revisionnage -, une bande-originale, et même un karaoké.

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