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C’est au printemps dernier que le troisième opus de la saga Shrek fêtait justement, son dixième printemps. Un épisode ayant précipité le déclin de la firme, atteint à la sortie de son quatrième et dernier volet Shrek 4 : Il était une fin, soldée par une amertume considérablement manifestée par un public ayant pourtant encensé ses deux premiers films, ô combien jouissifs et jubilatoires. Le génie de Shrek s’est construit sur une mise à mort particulièrement ingénieuse des stéréotypes dont Disney a longtemps fait l’apologie : à coups d’un manichéisme omniprésent, de protagonistes ignares ou plus globalement d’une tonalité un brin arbitraire dans la manière de présenter les personnages et leur trame évolutive – cela ne remettant cependant, nullement en cause, l’apport colossal du studio aux grandes oreilles au paysage animé, et plus largement : au septième art, dont il s’est à la fois nourri tout en cultivant parallèlement l’émergence de clichés qui s’avéreront tout à fait récurrents. Le coup de génie des parents de Shrek, de la famille nombreuse qui inonde ses coulisses, a bien évidemment été de bousculer ces schémas ancrés.

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Par le biais notamment, d’un jeu sur l’ampleur de la présence de l’invitation à se fier à l’apparence pour appréhender les motivations des personnages, schéma parmi tant d’autres, que la saga à l’ogre vert tourne brillamment en dérision. Ici, les supposés « gentils » selon un manichéisme façon Disney cachent de noirs desseins : où la bonne fée devient mauvaise et où son « cher et tendre » fils, le prince charmant devient détestable, là où les moins glamours au premier abord cachent un cœur d’or. Les « l’habit ne fait pas le moine » façon Charmant vivent quant à eux au sein du Fort Fort Lointain, emprunté au « Il était une fois dans un pays fort fort lointain » des contes qui n’est autre qu’une duplication de L.A. saupoudrée de « poudre de perlimpinpin » - pour citer le président – et de poussière de fée, où retentie Funky Town.

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Shrek le troisième n’a pas défrayé la chronique d’une transgression des archétypes par un humour orgasmique, bien que ce dernier souffre d’une perte de vitesse dans son rythme due notamment à l’essoufflement d’un modèle autrefois brillant, que la saga a elle-même postulé. Malgré le revers de médaille que subit le long-métrage, il a été, paradoxalement, l’occasion également de pousser à son paroxysme la dérision du sommet archétypal de la princesse instauré par Disney. Là où Fiona était d’emblée transgressive et féministe, dans sa profondeur dessinée, sa débrouillardise et son intelligence évidente par exemple, Shrek le troisième reprend d’immortelles figures du patrimoine occidental pour les démolir dans la subversion.

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En effet, au cœur de ce troisième film est rapidement palpable une dimension méta dans le discours des princesses sur elles-mêmes, mais aussi dans leurs dialogues. Ici Cendrillon confronte ses consœurs à sa bêtise, certainement héritée de son assujettissement total et irréfléchi à quelconque tâche : elle est par exemple, la seule à se réjouir devant la trahison d’une Raiponce qui en plus de s’avérer ne pas être d’une gentillesse candide absolue, se révèlera chauve – « Raiponce, Raiponce, dénoue tes blondes extensions décolorées ! ». La Belle au Bois Dormant elle, reconnaissable à ses allures somnolentes, a néanmoins les yeux davantage ouverts que ses consœurs – « Une fois encore, il faut que tu ramènes tout à toi, Neige. Ton égoïsme forcené n’aide pas beaucoup ! » - qui elles se montrent soit idiotes, à côté de la plaque, garces ou égocentriques : « Ce ne serait pas le fait que l’on m’ait élue la plus belle du royaume que vous n’arrivez pas à digérer ? ». Le summum subversif est atteint lors de la rébellion au cachot où Cendrillon, la Belle au Bois Dormant et Blanche-Neige après une caricature de leur « poste » - « On attend prince-secours ! » -, à coups de soutien-gorge brûlé, pantoufle aiguisée ou Simplet tatoué sur un bras, précédant la scène culte du film : le cri de guerre de Blanche-Neige sur l’immense Immigrant Song de Led Zeppelin à l’aube de Barracuda, juste après un remake savoureux d’une sérénade accompagné d’un chœur animale façon Blanche-Neige et les Sept Nains. Bien qu’il ait subi la fatigue de sa recette d’excellence, Shrek le troisième a tout de même su nous offrir des scènes de parodie inoubliablement jouissives tout en côtoyant de manière contradictoire, l’essoufflement d’une signature.    

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Lewis