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Au cœur de la riche constellation de l’enfance, brillent certaines étoiles hissées dans un panthéon où règnent Ici Bla-Bla, Zoé Kézako, Mona le vampire, Bonne nuit les petits et leurs indéboulonnables confrères, là où d’autres, se murent dans l’ombre des satellites de la déception, condamnées par l’occasionnel dépit de la redécouverte post-enfance. À l’instar du colossal Blanche-Neige et les Sept Nains, Scooby-Doo, premier long-métrage adapté de la légendaire série animée éponyme, porté aux salles obscures en 2002, a fait partie des nombreuses illustrations de ma propension prématurée ainsi qu’olympienne à la lubie. Enfant, le voisinage faisait office de véritable dealer pour alimenter mes fascinations, me fournissant régulièrement les VHS des films où brillaient mes premières idoles. Les cassettes s’adonnaient alors à des allers-retours incessants entre la bouche de mon téléviseur et leurs propriétaires, de quoi empêcher les enfants des dits pourvoyeurs de profiter des aventures végétatives de Cendrillon et ses copines. Tout en vouant une idolâtrie religieusement sans bornes à la Blanche-Neige de Disney – l’une des nombreuses cruches au grand cœur que j’adulais -, j’ai découvert Sarah Michelle Gellar non pas dans Buffy contre les vampires ou la série qui a fait sa gloire, mais dans le nanardesque, cependant délirant à souhait Scooby-Doo, ou l’une des caricatures les plus succulentes qu’il m’ait été donné d’engloutir, au bord de l’overdose.

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À l’âge de six ans, à défaut d’avoir fait carrière en tant que substitut de Blanche-Neige, mes aspirations follement insolites s’offrirent un second souffle : je voulais faire Daphné Blake comme métier – j’ai revu mes ambitions depuis. Au point que je m’étais même lancé dans une reviviscence de la descente nasale des lunettes de la jolie rousse dans les premières minutes de cette adoption au septième art, au beau milieu des rangs de ma classe, à l’aube de l’arrivée de l’institutrice, laissant mes camarades effarés par le caractère tout à fait improbable de cette reconstitution extraterrestre.

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Des années après cette énième lubie – l’une des premières dans la longue liste n’ayant en réalité, jamais cessé – je craignais de faire les frais de la frustration post-enfance, qui s’opère quand nous nous adonnons à la quête de nostalgie consistant à nous confronter de nouveau à ce qui, il fut un temps, était l’objet d’une transe à l’âge où nous sommes parfois capable de sommets d’indulgence au bord de l’aveuglement. Après tentative, Scooby-Doo n’a pas subi le sort douloureux d’un Tom Sawyer : malgré l’œuvre du temps, ce nanar proche du bug suscite toujours chez moi une jubilation, incarnant l’une des esquisses d’un amour de longue date, à savoir la caricature. La première réplique de l’ovni de Raja Gosnell est la suivante : « Voilà, ma petite culotte me rentre dans les fesses ! », ce qui en somme, annonce d’emblée la couleur ; nous allons assister à un délire méta et parodique, à prendre au millième degré, où les vies de neurones seront en jeu. Sur les notes de David Newman [foncez : https://www.youtube.com/watch?v=l65doT3utGk], la dérision mise en scène lors de la séquence d’ouverture est tout à fait jouissive, plantant d’ores et déjà les allures cartoonesques qui suivront le long-métrage sur toute sa durée, présentant également d’emblée, son quatuor humain sur le ton de la parodie, là où le chien mythique est dressé sur un portrait ne trahissant finalement pas ses apparitions antérieures. Dans le film de Raja Gosnell, Fred arbore des airs d’égocentrique métrosexuel, Véra jette aux oubliettes l’injonction de l’absence de sex-appeal quand on est une intellectuelle et tente le décolleté – sous l’effet du sort cependant, il ne faut tout de même pas trop en demander quant à la transgression -, Sammy s’avère cependant être, parmi les protagonistes humains, le plus fidèle aux représentations d’antan, bien que son humour gras atteigne l’apologie. Et Daphné dans tout cela ? La belle pète les plombs, manifestant un désir incurable de prouver qu’elle est plus qu’un physique avantageux et une pintade en détresse – féminisme ?

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Au sein d’une intrigue écrite au LSD, parfaitement digne des enquêtes abracadabrantes du dessin animé de référence, où l’on relève des figures de proue de la pop culture : de Rowan Atkinson a.k.a. la quintessence de l’humour british campé en l’hilarant Mr Bean à Sarah Michelle Gellar en passant même par Pamela Anderson, Madame Baywatch, en éternel archétype de la bimbo. Loyal à l’esprit cartoon façon Looney Tunes, dont il partage le papa, Scooby-Doo plongeant dans la satire, offre un déferlement de séquences clownesques parfois au bord de la chorégraphie, et ce en live-action offrant un décalage agrémentant le burlesque. De son introduction, vitrine de sa tonalité satirique, à la scène de la découverte du château, aux échanges de protoplasmes drôlissimes en passant par un réveil de la force pour Daphné, façon Barbie Lara Croft, avant sa suite calamiteuse, Scooby-Doo est une preuve que l’on peut délirer sans drogues, le tout dans un parc d’attractions des plus psychédéliques, auquel le royaume de Mickey n’a rien à envier.

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Lewis