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« En fait, c’est comme les handicapés, il faut pas se moquer d’eux ! », m’a-t-on un jour dit sur le ton d’une candeur évidente, dans un des temples de la junk food baptisé Quick. Sur le coup, la remarque a heurté mes tympans avec violence, avant de retomber rattrapé par l’habitude, sur le plateau rouge à l’effigie du lieu du culte, voué aux entités du burger et ses cousins. Il arrive que ces mots émergent depuis, et que leur éloquence me frappe, tant ils incarnent une caricature parlante des conceptions sociétales. En digérant ces insanités culinaires, j’ai rapidement cherché à comprendre ce qui chez l’homme homosexuel, pouvait susciter la moquerie, comme si, dans un éclair de déni, je n’étais pas au courant. Un aveuglément passager, qui après coup, a résonné en moi comme une hérésie absolue. Evidemment, qu’après avoir ingurgité l’objet d’un Super Size Me, je savais pertinemment l’agglomérat de paradigmes qu’abritait cette réflexion, dont l’intention était pourtant réellement, compte tenu de son auteur, d’une absence certaine de malveillance. Dans une société où l’amalgame entre sexe biologique et genre est omniprésent, l’équation est simple : sexe biologique = genre assigné = sexualité assignée ? Il est tellement ancré que l’individu hétérosexuel se doit d’être cisgenre, là où celui chez qui est observable ce qui pourrait être qualifié comme une « ambivalence » quant à une non adéquation partielle ou totale avec le genre que voudrait lui imposer la société compte tenu de son sexe biologique, sera affublé de soupçons d’homosexualité. Là où nous sommes dès l’enfance, conditionnés aux critères genrés, serions nous également, mis au parfum des paradigmes attribués à l’homosexualité ? En effet, à l’aube de notre existence, notre esprit est d’ores et déjà façonné à croire que des identités spécifiques sont attendues en fonction du sexe, que si germe l’absence de conformité, c’est qu’il y a de l’homosexualité dans l’air. Qui n’a jamais, ne serait-ce qu’été témoin, de la croyance si répandue voulant que ce qui n’est pas cisgenre est gay ? En tant qu’homosexuel « jamais content » ou « éternel insatisfait », « extrémiste », « susceptible », encore une fois : j’ouvre ma gueule.

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Je suis fatigué qu’on veuille m’imposer cette responsabilité qui entrave ma liberté quant à l’expression de ce que je revendique comme mon identité à part entière, souvent abordée à travers des stéréotypes incessants. Je suis fatigué que ce que je suis soit si régulièrement, réduit, à des définitions entreprises par le biais de ma préférence. J’écris au nom de tous ceux qui comme moi, sont accusés d’incarner un cliché au détriment d’être appréhendé comme un individu à part entière, puisque la société étiquette leur identité de l’une de ses créations : le féminin, ainsi l’une de ses équations assassines fonctionne, nous confirmons la croyance : le gay est un homme féminin, le gay n’est pas masculin, le gay est risible parce qu’il ressemble à une femme, et c’est honteux d’être comme une femme, c’est comique, c’est amusant, c’est même un brin ridicule, non ? Au point que, même au sein des communautés gay, nous fassions les frais de cette « méta-oppression », ce doigt pointé avec violence nous reprochant de ne pas rentrer dans le rang, de ne pas répondre aux critères d’une virilité occidentale, construite, arbitraire. Cette accusation omniprésente, puisque même quand elle n’est pas manifestée, elle est éternellement potentielle : la mère de ce que l’on a baptisé, la « follophobie ». Le rejet revendiqué de ces hommes – au même titre que les êtres de même sexe, dits « virils », d’ailleurs - dont on doit l’appellation à la pièce de Jean Poiret, portée au septième art en trilogie, l’inoubliable (La) Cage aux folles. Ces hommes qui amusent, qui suscitent la dérision et dont la grappe n’est jamais lâchée. Etre gay et « viril » ? Ça se sauve ! Etre gay et « féminin »? Ça craint ! Si tu écoutes Madonna et que tu te comportes « comme une fille » : tais-toi. « Tu nous fais honte » ; « tu confirmes les stéréotypes » ; « tu es efféminé », donc comme une nana ? Donc privé de respect ? Je ne suis pas un être humain ? Je suis un archétype ? Privilégie mon individu et cesse de me définir à travers des constructions sociétales, arrête pour de bon de me dire que ce que j’aime est le fruit de ma préférence ! Je ne suis pas un archétype, je suis un homme au même titre qu’un Schwarzenegger, arrête de me dire de me taire, ô toi sorcière semant la douleur ! Au nom de tous ceux qui comme moi font les frais de cette violence banalisée, dont les auteurs n’ont souvent pas conscience, de cette privation cultivée de l’identité brute et viscérale :

 

 

Lewis