*LUOPLU : Légende urbaine ou pas légende urbaine ?

Pour commencer, clique sur le buzzer pendant qu’Aguilera pionce…

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Quand on regarde cette improvisation de Christina Aguilera sur le plateau de la version ricaine de The Voice en mars 2016, il est probable qu’émergent à notre esprit de bonnes vieilles croyances sur le talent, et l’idée de don qui lui est souvent assigné. Alors, « légende urbaine ou pas légende urbaine ? ».

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En effet, ma réflexion sur le sujet a réellement germé au lycée, quand j’entreprenais un cursus artistique dans une célèbre école belge, axé sur l’illustration. Cependant, avant d’intégrer ce parcours, je pensais comme beaucoup, que l’aptitude particulièrement marquée dans un domaine était le fruit d’une prédisposition amorcée par une sorte de don du ciel, comme si en somme le talent venait frapper à la porte d’un élu, faisant naître chez lui des capacités innées qui seront plus tard éminemment louées par son entourage. L’une des professeurs que j’ai côtoyée durant cette période affirmait de but en blanc que sans don à la naissance, une carrière dans le paysage de la représentation picturale était vouée à l’échec. Un constat un tantinet arbitraire,  qu’une élève de cette même école saurait démentir à elle seule : en effet, cette dernière ne savait pas dessiner jusqu’aux alentours de ses onze ans. Néanmoins un jour, elle s’est mise en tête d’être une bête dans le domaine, et s’est embarquée dans une pratique intensive servie par quatre heures de croquis par jour au cours de plusieurs années. À la toute fin de ses années lycée, cette élève fut hissée en haut du panier de sa promotion. Un parcours atypique, à l’instar de celui de l’homme qui orchestra mon stage de 3ème. M’initiant au cinéma d’animation où je me rêvais une carrière, et qui n’était autre qu’un autodidacte ayant dessiné la nuit pendant des années, pour déjouer un désaccord parental quant à une carrière dans le dessin, et qui aujourd’hui, croque comme Glen Keane, est reconnu dans le milieu en tant qu’illustrateur et storyboarder, parallèlement à une carrière de professeur dans l’une des écoles d’animation les plus réputées de France. Tout comme ce prof de hip-hop, côtoyé durant ma tentative d’apprentissage éclair en la matière, qui avait appris la danse aux alentours de ses dix-neuf ans – à méditer.

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Mais revenons à Aguilera, dans cet extrait du célèbre télé-crochet né en Hollande, la mémorable chanteuse des années 2000 semble rugir comme elle respire et l’on relève rapidement chez elle, une grande maitrise du chant mélismatique, ce qui pourrait de nouveau nous laisser croire qu’une part de son talent serait due à une dimension instinctive. Mais grâce à la magie de la toile, un rapide retour en arrière est envisageable, attestant que Christina Aguilera a commencé à chanter très tôt et a atteint fort jeune un niveau considérable en la matière. Certes, cela pourrait effectivement faire aller dans le sens que ses capacités vocales précoces seraient le témoignage de ce qu’un don – partant de ce postulat – lui aurait amenées. Comme l’illustre la vidéo ci-dessous, archive de l’émission Star Search datant de 1989, les facultés de toutes évidences honorables déployées par la chanteuse ici toute jeune ne sont finalement que l’attestation prématurée d’un travail d’envergure.

Quand on constate que la future diva a démarré très tôt le façonnement de son instrument, au point d’arpenter très jeune les plateaux de télévision, nous sommes invités à une réflexion sur la canonisation du talent de nos icônes.

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Prenons Michael Jackson, l’interprète de Thriller a très souvent été mentionné comme un génie qui aurait été frappé par une grâce céleste lui ayant attribué ses aptitudes époustouflantes et indéniables pour la danse et le chant. Seulement, on en oublie la quantité phénoménale de travail campé par cet homme, qui dès sa tendre enfance foulait d’emblée les feux de la rampe tel qu’il le témoigne notamment dans son autobiographie Moonwalker, éditée en 1988. Si l’on s’appuie sur la théorie avancée dans l’ouvrage Outliers de Malcolm Gladwell paru en 2008, et ses fameuses 10 000 heures de travail garantissant l’expertise dans un domaine quel qu’il soit, il n’est guère étonnant que le dénommé « Roi de la Pop » ait atteint le niveau phénoménal qu’on lui connaît. Les légendaires Jackson Five ont d’ailleurs été catapultés dans l’industrie musicale en 1963, soit quand Michael Jackson était âgé de seulement cinq ans. Si l’on imagine que ce dernier ait entamé la pratique régulière du chant et de la danse à raison d’une durée minimale d’une heure par jour année après année, il lui aurait fallu seulement trois ans pour dépasser les 10 000 heures de travail avancées par la théorie de Gladwell. De toutes évidences, on peut très difficilement, voire nullement attester que ce qu’imagine cette hypothèse s’est réellement déroulé, en revanche, la pratique régulière imposée par l’ascension au cœur de la machinerie musicale sous-entend que Jackson a dû, dès un très jeune âge, s’adonner à une pratique titanesque des arts scéniques qui dissipe aisément la surprise quant au niveau atteint par ce dernier à l’âge adulte. Nous ne voyons souvent que la face émergée de l’iceberg, là où il est évident que personne ne sort du ventre de sa mère en chantant comme Whitney Houston.

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Pourtant, l’être humain dresse un témoignage constant de ses aptitudes, ailleurs que sur les contrées du show-business. Prenez l’exemple de l’apprentissage de la conduite, qui est vraisemblablement très complexe tout comme celui de la natation. Toutefois, énormément d’individus sont capables après avoir franchi un certain nombre d’heures de pratique variant d’une personne à une autre, de conduire un véhicule et de convaincre le jour de l’examen du permis de conduire : ce qui prouve que la pratique d’une activité mariée à la volonté de se dépasser concoctent un cocktail gagnant quant à l’acquisition d’une corde à son arc.

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Dans les domaines artistiques, la notion de talent est souvent davantage canonisée et rattachée à une idée de don comme énoncé plus haut. En effet, l’aptitude amenant à la reconnaissance dans de nombreuses pratiques artistiques découle vraisemblablement d’un intérêt manifesté très tôt (ou non) pour une activité. La personne qui s’embarque dans l’apprentissage de la conduite s’adonne à la tâche bien souvent, et comme énormément d’autres individus, pour des raisons purement pragmatiques, sans qu’elle y porte pour autant un goût particulier de prime abord, ce qui peut facilement expliquer le fait qu’une immense quantité de conducteurs occupent nos routes, au point que la pollution qui en résulte suscite une inquiétude croissante par exemple.

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Reprenons le modèle de la danse, effectivement, celui qui se découvre un intérêt pour cet art sera facilement amener à le pratiquer abondamment, pour ensuite, potentiellement, se forger un niveau considérable en la matière – si l’environnement où il évolue ou encore sa santé par exemple, le lui permettent, car hélas, le talent ne repose pas toujours sur sa triade gagnante : intérêt, pratique, volonté.

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En revanche, celui qui reste de marbre face à ce même art, ne dansera de toutes évidences jamais comme un Gene Kelly.

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Don du ciel pour certains, ou témoignage d’un amour fervent engendrant une pratique tenace sous-entendant l’acquisition d’un niveau considérable dans une activité x, y, z, le talent résulterait davantage du deuxième constat. Il inspire le résultat d’un intérêt vif épaulé par son moteur magique : le travail.

PS : ci-dessous, la vidéo d’Esther sur ce même sujet, ainsi que celle d’Autodisciple, qui résume l’ouvrage de Malcolm Gladwell.

 

 

 

 

Lewis