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Garry Marshall : 13 novembre 1934 - 19 juillet 2016

C’était le 19 juillet dernier, dans un hôtel bordelais. Les yeux médusés par mon iPad, que je laissais dégringoler mon interminable fil d’actualité Facebook, constatant une énième fois mon addiction croissante et visiblement incurable au net. Me réjouissant alors, de bénéficier du service Wi-Fi que m’offrait l’hôtel, établissement qui parmi tant d’autres, avait la bienveillance cupide de bien vouloir m’octroyer de quoi assouvir ma dépendance à l’Internet, ou cette assuétude devenue pratiquement commune. Bref.

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À force d’enjambées doigtées sur l’écran de mon bébé signé Steve Jobs, où irradiait le bleu de celui que le web doit à Mark Zuckerberg ; j’appris la fameuse nouvelle :

« Ah ! Tu as vu, Garry Marshall est mort ! C’est triste. Décidemment, cette année...

—     Qui ça ?

—     Garry Marshall !

—     C’est qui, Garry Marshall ?

—     … Pretty Woman !

—     Ah ! C’est vrai ? Mince… Tu l’as dit, " décidemment "… » 

Attristé, et toujours quelque peu galvanisé par l’addiction, je m’empressais de partager la publication de Vanity Fair sur le sujet, avec cette annotation éloquente : « Il avait lancé la carrière de Julia Roberts ». Effectivement, il semblerait que pour le grand public, le bon vieux Garry soit l’artiste d’un chef-d’œuvre, Pretty Woman, ce film cultissime qui est arrivé sur les écrans de nos salles obscures en 1990. Avec en tête d’affiche, Richard Gere, et la femme que Garry Marshall a magnifié et ainsi dévoilée au grand public, Julia Roberts, dans un rôle de percée, ou celui de Vivian Ward, qui est peut-être, désormais, la prostituée la plus célèbre au monde. Neuf ans après sa pièce maîtresse incontournable, le réalisateur retrouva d’ailleurs son duo phare de vedettes dans la comédie Just Married (ou presque). La vamp au sourire long jusqu’aux oreilles dont il avait lancé la carrière, ne cessa d'ailleurs de l’inspirer, puisqu’il la dirigea de nouveau dans Valentine’s Day en 2010, puis dans son tout dernier long-métrage Joyeuse fête des mères, débarqué dans nos cinémas en mai dernier.

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Garry Marshall, Julia Roberts et Richard Gere, réunis à l'occasion des 25 ans de Pretty Woman, pour l'émisson américaine TODAY en mars 2015.

En effet, Garry Marshall n’avait peut-être pas l’ampleur d’un Martin Scorsese, d’un Steven Spielberg, ou encore d’un Woody Allen, on s’amusait souvent à lui reprocher la candeur de ses long-métrages, leur caractère caricatural, niais, ou édulcoré. Des retours de la part des spectateurs et des critiques auxquels rimait presque son nom, notamment à la sortie de ceux qu’on compte désormais comme les deux derniers films de sa carrière : Happy New Year en 2011, ode clinquante et dorée à la Saint-Sylvestre, et le fameux Valentine’s Day, révélé un an plus tôt, souvent blâmé comme une pâle copie de l’indémodable et ultime comédie romantique, Love Actually. Pourtant, au-delà des aspects candides de son œuvre, l’homme savait également conter des histoires plus douloureuses, comme dans son Mère-fille, mode d'emploi, sorti en 2007 ; une « comédie-doudou » aux personnages à la fois tendrement attachants, drôles mais aussi moroses. Un film qui réunissait trois stars, chacune idole d’une génération différente : d’un côté la monumentale Jane Fonda, de l’autre Felicity Huffman ou l’une des femmes au foyer du cyclone télévisuel de Marc Cherry, Desperate Housewives, et d’un dernier, Lindsay Lohan, ex-étoile montante d’Hollywood, à l’époque à l’aube de sa chute vertigineuse. Les trois vedettes campaient alors la triade protagoniste de cette comédie dramatique, qui par exemple, mettait en exergue l’horreur de l’abus sexuel, qui accablait le personnage de Lindsay Lohan, l’actrice cassant alors brutalement son image de princesse Disney, jusqu’ici innocente.

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Lea Michele, Katherine Heigl, Garry Marshall et Sofia Vergara à l'after-party de la première deHappy New Year, à Los Angeles, le 5 décembre 2011.

Garry Marshall, ne semblait pas avoir la prétention de s’auto-accorder des succès critiques, des triomphes et autres éloges louées du public. Il s’apparentait simplement à un homme qui aimait raconter des histoires, peut-être en délaissant quelque peu la conviction formelle qu’il pouvait inspirer aux spectateurs et aux critiques. Il avait visiblement cette confiance presque naïve qui voulait qu’il fasse des films avant tout pour le plaisir de transmettre des intrigues, bien souvent attendrissantes à souhait. D’ailleurs, c’est au même homme que nous devons des sitcoms phares durant nos bonnes vieilles années 70, comme Happy Days ou Mork and Mindy avec l’acteur de génie, Robin Williams. C’est à lui que nous devons ces historiettes de princesses mécontentes telles que Princesse malgré elle, et sa suite Un mariage de princesse, avec une toute jeune Anne Hathaway, et la merveilleuse Julie Andrews a.k.a Mary Poppins. Oui, Monsieur Marshall aimait édulcorer nos quotidiens, notre société et ses acteurs, – « c’est le cas de le dire ! » - affectionnait la moindre magnificence de la réalité, et c’est ce dont témoigne d’ailleurs son chef-d’œuvre, le film de sa carrière, peut-être même de sa vie, Pretty Woman.

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Richard Gere et Julia Roberts dans Pretty Woman (1990).

« Et le 23 mars 1990, Garry créa Vivian Ward ! », merci à Garry Marshall, d’avoir été le prêcheur de l’évasion pendant ses quatre-vingt et un ans d’existence. D’avoir narré à travers sa plus grande réussite cinématographique, l‘histoire de cette fille qui échappe aux griffes de la prostitution pour atteindre cette vie fantasmée et presqu’onirique. Ce conte urbain, cette intrigue de princesse pour adultes…

« Apprenez à travailler avec des gens que vous n’accompagneriez pas déjeuner. » Garry Marshall

R.I.P 

Critique : Joyeuse fête des mères

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Synopsis : En couple ou séparées, amoureuses, courageuses, maladroites, touchantes…

À l’approche du jour de la Fête des Mères, découvrez les destins croisés de plusieurs filles, femmes, mères (et pères !) de famille.   
Un jour où vous apprendrez que tout peut changer.

C’était en mai dernier que l’ultime long-métrage de Monsieur Marshall venait frapper l’entrée des cinémas français. Un nouvel hymne à la fête, aux célébrations, que le réalisateur avait cette fois placé sous le couvert de la Fête des Mères, après avoir déjà expérimenté la recette dans Valentine’s Day, avec la Saint-Valentin, et son avant-dernier film, Happy New Year, véritable fresque pailletée du 31 décembre au soir. Vraisemblablement, il n’y avait probablement que Garry Marshall pour débarquer de nouveau, - fier comme Artaban - derrière la caméra après cinq ans d’absence en tant que réalisateur, et signer ainsi son retour en conteur d’histoires, principalement connu pour être le papa de Pretty Woman, avec un projet de cette veine. À l’heure où il est de bon ton d’éterniser des sagas d’anthologie comme Jurassic ParkStar Wars ou encore Mad Max, ou de réchauffer de l’ancien à coups de remakes à gogo, le réalisateur s'était montré hélas, quelque peu à côté de la plaque. Il s'inscrivait dans cette tendance cinématographique dans le sens où il réchauffait des vieilleries, mais malheureusement pour lui, il ne réitèrait pas ce que la mode ambiante aime ramener sur le devant de la scène aujourd'hui, à savoir des firmes de science fiction, ou encore d’aventures, ayant ponctué les décennies d’antan. L’homme dont Julia Roberts était la muse n’a pas eu peur du kitsch, et nous a servi en guise d’ultime long-métrage, une infatigable excroissance de son œuvre entière. Une histoire de femmes magnifiées, pomponnées, qui abordent les problèmes de l’existence à l’image d’un soap opera, et les voient se résoudre (presque) comme par enchantement.

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Jennifer Aniston à la première du film Joyeuse fête des mères, le 13 avril 2016, à Los Angeles.

Cette dernière comédie au thème tellement inattendu qu’il en deviendrait presqu’ « osé », signe une célébration de la Fête des Mères, maigre commémoration qui aurait à rougir face à son confrère Noël, tant l’ampleur d’intérêts qu’il suscite lui diffère. Tout cela pour dire, que seul Monsieur Marshall semblait être le réalisateur suffisamment éhonté et le plus épanoui dans son art pour s’embarquer sur un terrain aussi marginal sur la scène cinématographique actuelle. Le moins que l’on puisse dire, c’est que Joyeuse fête des mères s’inscrit parfaitement dans la lignée des derniers films choraux du bonhomme. Les personnages y sont campés par une pluie de stars vêtues comme dans la rubrique modeuse d’un magazine féminin. Les intrigues y sont communes, du plus amusant au plus agaçant, et la forme y est rose bonbon à souhait. Puisque tout dans Joyeuse fête des mères semble être l’instrument d’un théâtre Barbie, fushia et dégoulinant de guimauve. La comédie est servie par le trio féminin de vedettes suivant : Jennifer Aniston, star de la sitcom culteFriends puis d’une avalanche de productions souvent décriées – malheureusement pour la belle -, Kate Hudson, déjà dirigée par Marshall dansFashion Maman en 2004 et reine des films à l’eau de rose aux States, mais en revanche peu connue sur le sol français, et pour finir l’incontournable Julia Roberts, qui n’a de cesse de nous rappeler sur nos petits écrans, qu’il faut se parfumer au La vie est belle de Lancôme. Pour ce qui est de la gente masculine, Jason Sudeikis actuellement à l'affiche de La Couleur de la victoire, « fit the part » et retrouve ainsi Jennifer Aniston à qui il avait déjà donnée la réplique dans la comédie drôle et crue Les Miller, une famille en herbe en 2013.

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Sans grandes surprises, le film reprend le schéma classique du film choral, en mettant en scène divers personnages, semblant d’abord foncièrement éloignés au spectateur, et qui, après s’être révélés davantage, dévoilent un lien considérable ou non, entre eux. Jennifer Aniston campe alors une mère divorcée et à la recherche d’un emploi, qui tente tant bien que mal de supporter les excentricités de la nouvelle petite amie de son ex-mari - une bimbo qui semblerait être la sœur cachée des Kardashian. Jason Sudeikis lui, campe un homme veuf et célibataire ; Julia Roberts, une animatrice de télé-achat, vedette d’une émission kitschissime et ventant les mérites de colliers brûleurs de rétines, une véritable business-woman en somme, dont le travail ne laisse pas place à une vie familiale – du moins après que cette dernière ait abandonné sa fille, jouée par Britt Robertson. Puis arrive Kate Hudson, dont le personnage est lié d’amitié avec ceux de Madame Aniston et Britt Robertson, une jeune femme en froid avec ses parents racistes, lui reprochant d’être sortie avec un homme indien – auquel elle est en fait secrètement mariée.

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Pour son tout dernier long-métrage, Garry Marshall a servi un film synonyme de la tradition à laquelle il nous a habitués ces dernières années, le résultat est clinquant, kitsch à souhait, prévisible mais arrive tout de même à fonctionner, même si Joyeuse fête des mères se heurte parfois à ses limites. Le métrage aurait d’abord pu être plus court, puisqu’on visualise d’ores et déjà les trajectoires respectives des protagonistes et leur évolution. Joyeuse fête des mères, qui s’étend sur deux longues heures tombe parfois dans le superflu. Jusqu’à tardivement dans le film, le personnage de Julia Roberts est clairement anecdotique, et est présenté comme l’Oprah Winfrey locale, sans réelle trame narrative. Ce n’est qu’après une heure et de longues minutes qu’il prend forme, en vain. Il est de même pour la progression des autres protagonistes, qui se voient régulièrement affublés d’épisodes accessoires et semblant vouloir à tout prix remplir une durée filmique conventionnée. Par exemple, la fête organisée par le personnage de Jennifer Aniston est assez superficielle et sert peu l’histoire, ou encore les réflexions de l’entourage professionnel du rôle que campe que Jason Sudeikis répétées maintes fois, lui suggérant de se mettre en ménage, qui sont inutilement redondantes. En somme, Joyeuse fête des mèresaurait dû faire preuve de plus d’ingéniosité ainsi que d’une once de pragmatisme pour aller droit au but, en s’immisçant directement aux profondeurs des intrigues des personnages qu’ils présentent, au lieu de s’éterniser dans des fioritures superflues.

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Cependant, Joyeuse fête des mères arrive tout de même à nous faire sourire, de par les gentilles caricatures qui caractérisent ses protagonistes ; mention spéciale à Jennifer Aniston, qui par moments s’avère être une vraie duplication de Susan Mayer de Desperate Housewives, à Julia Roberts qui même dans un rôle peu abouti, semble s’amuser telle une enfant dans son déguisement, ainsi qu’à Margo Martindale, qui visiblement, depuis Un été à Osage County, arrive bel et bien à donner une vraie saveur aux personnages étroits d’âme. Quoiqu’il en soit, Joyeuse fête des mères est la preuve que Garry Marshall a su garder tout au long de sa carrière sa pâte caractéristique, et c’est peut-être cela le plus plaisant. Qu'il repose en paix.

 

 

Lewis